Le billard

Le billard à travers les âges

Le mot billard apparu pour la première fois dans la littérature avec « Antoine et Cléopâtre » où Shakespeare fait proposer par la reine le jeu à l’un de ses courtisans. Le mot billard désignait alors un bâton recourbé pour pousser les billes. En réalité, ce n’est qu’à la fin du Moyen Age que l’on peut trouver et pratiquer le jeu de billard en intérieur sur table: le jeu primaire dont ne subsiste aujourd’hui que la couleur du tapis, consistait à pousser une balle à l’aide d’une crosse sur de l’herbe ( verte de préférence ).

Au début du XVIème siècle, le jeu de billard devient un divertissement apprécié dans les cours d’Europe. Marie Stuart, reine d’Ecosse, passe pour y être experte. En 1565, des Espagnols font connaître le jeu à Saint-Augustine, en Floride. C’est de là qu’il part à la conquête de l’Amérique.

En France, le billard connaît une véritable vogue sous le règne de Louis XIV à Versailles, le roi lui réserve la salle magnifique connue depuis sous le nom du salon de Diane. L’idée n’était pas neuve puisque déjà François 1er en avait aménagé une aux « Menus Plaisirs  » de Fontainebleau. La petite histoire à gardé le nom d’un modeste homme nommé CHAMILLARD dont le talent au billard faisait l’admiration du roi soleil et de la cour. Il devient même par la suite contrôleur général des finances et ministre de la guerre ce qui génèrera un méchant jeu de mots, (lorqu’il mourut en 1721) en forme d’épitaphe, rédigée par les folliculaires de la Régence : « Ci-git le fameux CHAMILLARD. De son roi le protonoataire, il fut un héros au billard, un zéro dans le ministère ». Le jeu lui même qui ressemblait fort au croquet se modifie avec le temps. Les crosses se redressent. Le bois des tables est remplacé par du marbre, puis des plaques d’ardoise. On imagine des trous dans lesquels doivent être envoyées les billes alors que d’autres billards n’en comportent pas. Quel que soit le genre du jeu pratiqué aujourd’hui, les performances obtenues doivent beaucoup à un prisonnier politique en disgrâce, Mingaud qui inventa, en 1823, le billard moderne en collant une rondelle de cuir à l’extrémité de la queue. Cette rondelle qu’on enduit de craie permet de donner à la bille des effets antérieurement inconcevables. On a parfois aussi attribué cette trouvaille à l’Anglais Jack Carr qui, à la même époque, fut célèbre par ses démonstrations. Il se garda bien de révéler le secret de la pastille, prétendant que les effets extraordinaires étaient dus à la craie miracle de son invention. Et l’homme fit fortune en vendant fort cher de petits cubes de craie bleue banale, à des milliers d’amateurs.

Vers la fin du siècle dernier, innombrables sont en France les billards publics. Maintes Académies se créent avec des maîtres fort bien rétribués prodiguant leur enseignement. Des professionnels, véritables virtuoses, apparaissent dont l’illustre Maurice VIGNAUX que le tout-Paris de l’époque va admirer dans ses matches. On joue alors, comme toujours aujourd’hui, à cette variété de billard qualifié à l’étranger d’européen ( billard français ). C’est le jeu à trois billes pratiqué sur une table sans trous ( poches ) et dans lequel le point est marqué quand la bille frappée touche les deux autres. Comme on s’en doute, il fallut vite prévoir des conditions supplémentaires pour que le carambolage soit valable. Malgré tout, des maîtres tels le champion du monde Roger Conti ont réalisé en tournois avec les conditions les plus sévères, des séries supérieures à 800 points ! A l’étranger, jusque vers 1925 le jeu de carambolage l’emporte sur les autres.

Avant-hier, loisir de roi, hier, loisir réservé aux hommes et pratiqué dans une académie ou dans l’arrière salle enfumée d’un café, le billard tend aujourd’hui de plus en plus à devenir un sport populaire et familial. D’où l’apparition de tables devenues nécessaires dans des lieux publics modernes, plus adéquats et dans lesquels les dames comme les jeunes ont accès. Nul besoin non plus de posséder un coûteux billard de compétition pour se livrer chez soi à un jeu intéressant à tout âge. Si l’on a l’espace, suffisant, on peut trouver un matériel de qualité moins onéreux qu’on ne l’imagine.

N’oublions pas non plus que ce sport est le seul praticable à tout âge et dans lequel de grands champions ont pu garder leur titre plus de vingt ans. C’est encore le seul jeu où l’on peut perdre une partie sans avoir eu l’occasion de frapper une seule bille! Et enfin, un loisir familial qui peut devenir passionnant.

Claude Marcel Laurent,
Le billard américain « Pool »,
Editions Bornemann-Paris.